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Une semaine de sondages dans le quotidien Le Monde

lundi 18 janvier 2010

- Jeudi 14 janvier. Rien. Avons-nous mal lu ?

- Vendredi 15 janvier 2009, une page entière est consacrée à la « bonne nouvelle » : « L’adhésion des Français aux idées du FN est en recul ». Un sondage TNS Sofres/Logica pour le Monde et « A vous de juger »/ France 2, nous le dit avec une liste d’auteurs qui ressemble à une générique publicitaire. La méthode ? « Le taux d’adhésion global aux idées de J.M. Le Pen est passé de 26 % en décembre 2006 à 18 % aujourd’hui ». Apparemment pas de biais dans le questionnement sur des thèmes effectivement clivant comme « il y a trop d’immigrés en France », « on ne se sent plus vraiment chez soi en France » etc.

Si le point de comparaison avait été le premier et non le dernier de la série d’enquêtes invoquées, le résultat n’eut pas été le même : le niveau d’adhésion est stable par rapport à mai 2000. Il ne faut cependant pas bouder son plaisir. La conséquence est en effet immédiatement politique : « il semble manifeste que la méthode sarkoziste, appuyée sur un discours se revendiquant d’une droite décomplexée, a réduit sensiblement le champ d’influence du FN ». Plaudite cives, invitait-on les spectateurs à la fin des comédies romaines. Pour rire, imaginons le commentaire suivant : « la méthode sarkoziste de répression policière, de reconduites à la frontière et de discours d’extrême droite a réduit le champ d’influence du FN ». Les sondés ne sont pas des idiots sociologiques qui ne comprennent pas le positionnement de question aussi marquées et répondent naïvement en les isolant de toute autre considération. En bref, s’ils se sentent bien représentés par le pouvoir actuel, ils déclarent moins fréquemment qu’il y a trop d’étrangers en France (puisqu’il y a Nicolas Sarkozy), que l’on ne se sent plus chez soi en France (puisqu’il y a Nicolas Sarkozy) et même qu’il faut rétablir la peine de mort (puisque Nicolas Sarkozy ne l’a ni fait ni évoqué). En somme, la réponse à chaque question est conditionnée par le contexte. Et l’adhésion aux thèses du FN, énoncées dans un sens protestataire, ne peut plus l’être par des personnes qui se sont ralliées à un pouvoir en place. Le faire serait critiquer ce pouvoir. Ce ne sont pas les personnes qui ont changé mais le contexte d’ailleurs impliqué dans une formulation des questions qui distingue un avant et un après (« trop », « plus vraiment » et « rétablir »). Et il serait bien aventureux d’en déduire que les opinions ont changé. Se reporte-t-on d’ailleurs à un autre mode d’interrogation, non plus des échantillons représentatifs mais des échantillons spontanés, il n’apparaît plus aussi rassurant que « l’adhésion aux idées du FN est en recul ». Pour donner un peu d’épaisseur à un constat fragile, selon les conventions du journalisme d’aujourd’hui, le commentaire rassemble sur une page la (sainte) trinité habituelle : journaliste, sondeur et politologue. Le sondeur est cité pour réfuter une objection élémentaire car un soupçon a effleuré les journalistes : « Le moindre attrait des idées estampillées FN n’est-il pas dû à une banalisation de ce discours notamment illustrée par le débat sur l’identité nationale ? ». « Banalisation est un mot piégé et inapproprié. Ce que l’on observe, c’est un recul de ces idées », répond péremptoirement notre sondeur, sans un début de démonstration. Circulez…

Faut-il encore insister ? C’est (encore) Pascal Perrineau, seul spécialiste du FN interrogé par Le Monde depuis des années, qui énonce le sens de tout cela : « Le grand changement, c’est qu’à partir des années 2000, la droite trouve en son sein un personnage, Nicolas Sarkozy qui a acquis une certaine crédibilité sur des thématiques du FN ». Magnifique compliment qui, du coup, va à l’encontre du titre même de l’article. Ce n’est pas l’adhésion des Français aux idées du FN qui est en recul parce que les idées du FN sont au pouvoir. A vrai dire, notre propos n’est pas de substituer une analyse à une autre mais de dire que la science est plus exigeante que ces ratiocinations à base de sondages. Pour savoir ce que pensent les gens, il ne suffit pas de le leur demander. Sinon, on ne parle que des ombres qui s’agitent sur la paroi de la caverne.

- Samedi 16 janvier : « Les changements au lycée plébiscités par les parents d’élèves » selon un sondage CSA payé par le ministère de l’Education nationale. Après la proposition d’une aide personnalisée pour les élèves en difficulté, il était difficile de faire la fine bouche. Plébiscite ? Il semble que le résultat – quoique nuancé sur d’autres points - inquiète un peu la journaliste qui évoque des « résultats à la soviétique ». Il n’est pas besoin d’aller aussi loin et il suffit de rappeler que le Second Empire a fait un usage du plébiscite contre lequel a été fondée la République. Si ce n’est pas si loin, c’est néanmoins si vieux.

- Edition du dimanche et lundi 17-18 janvier : retour sur le sondage consacré aux idées du FN. Manifestement, des lecteurs ont réagi. Une « analyse » revient donc sur le sondage béni. « Hypothèses sur les raisons du moindre attrait des idées du FN ». Le journaliste ne se désavoue pas, il confirme en relativisant : « Le fait est indéniable, si l’on s’en tient, - ce dont il s’agissait alors - aux résultats du sondage TNS Sofres/Logica pour Le Monde et « A vous de juger »/France 2, réalisé les 4 et 5 janvier auprès de 1000 personnes. Aucun annonceur comme on dit en matière publicitaire n’est épargné au lecteur. Au passage, celui-ci ne saurait ignorer que l’échantillon est représentatif : 1000 personnes tout juste. En bonne magie. L’hypothèse démographique est évoquée mais devant l’ampleur du changement, l’auteur en revient à l’hypothèse politique, c’est-à-dire des tactiques, manœuvres et calculs politiques. Un scrupule à la fin cependant : « On ne se sent plus vraiment chez soi en France » : « le taux d’adhésion des Français à cette affirmation a chuté de 9 points depuis décembre 2006. Hypothèse : une idée est nettement moins attrayante dès lors qu’elle semble suggérée par le pouvoir en place. Les idées du FN ont-elles vraiment perdu du terrain ? Le débat reste ouvert ». Horreur. Si cela n’avait plus le même sens de dire que l’on ne se sent pas chez soi selon que Nicolas Sarkozy n’est pas ou est au pouvoir. Mais comment faisait-on avant pour penser sans sondages ? La conclusion ne fâchera personne - « le débat reste ouvert » - à part quelques mauvais esprits. L’interprétation des opinions ? Une question d’opinion.

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